Un continuum en devenir

Un continuum en devenir…


À travers ce titre, j'ai voulu mettre en exergue une attitude de travail associée aux notions de recyclages et de détournements d'éléments générés par les mass media et les réseaux Internet.

Influencé par la culture populaire, le cinéma expérimental et l'art vidéo, j'ai puisé dans mon quotidien les matériaux nécessaires à la création d'oeuvres singulières. Cette attitude de travail est née à la suite d'un dialogue avec mon professeur Tom Drahos, durant mes études aux beaux-arts de Rennes entre 1996-2001. À partir des bases du scénario du cinéma russe, cette discussion portait sur quelques points essentiels, notamment l'originalité du propos artistique, sa mise en forme et l'économie de moyens... Cet échange a influencé par la suite et de manière radicale l'orientation de mes projets artistiques : si les aspects politiques et économiques ont influencé l'orientation artistique du cinéma russe, ceux-ci ont aussi modifié ma perception et le développement de mes productions audiovisuelles.

De plus, dès 1998, j'expérimente de manière approfondie les nouveaux outils numériques qui arrivent au sein de notre école d'art. C'est une vraie révolution et une évolution majeure pour moi (nous étions peu alors à nous intéresser à ces nouveaux moyens de créations devenus si communs aujourd'hui dans les écoles et dans notre quotidien). Ces outils numériques m'offraient de nombreuses possibilités à la fois formelles et conceptuelles, ils ouvraient la voie à des objets artistiques dont les potentialités esthétiques et narratives, étaient conséquentes. Cette impression, à travers l'usage et la pratique du numérique, d'appartenir à mon époque tout en maintenant un lien permanent avec l'histoire de l'art et notamment les avant-gardes...

Par ailleurs, avec l'avènement du numérique et des réseaux Internet, une source quasi inépuisable de contenus (accessibles et consultables de manière « permanente ») s’offrent à nos regards… Ainsi via ces nouvelles technologies de l'information et de la communication, je puise désormais les matériaux bruts nécessaires à la plupart de mes projets artistiques. Ils sont, là disponibles, il suffit de les choisir, de les transformer, de les agencer et de les confronter à d'autres pour que soient révélés d'autres sens et d'autres formes, le passage d'un média à l'autre étant ici facilité par la numérisation…

Si les idées du prélèvement et du détournement ne sont pas nouvelles dans l'histoire de l'art, ils prennent tout leur sens quand se pose la question de créer de « nouvelles images » dans un monde globalisé et saturé d'informations visuelles, textuelles et sonores… En effet, caractéristiques de notre époque, les réseaux Internet offrent à chacun la possibilité de devenir un producteur – diffuseur – lecteur de contenus, alimentant ainsi une base de données exponentielles… Cet espace de liberté est aussi fascinant qu'inquiétant, il pose toujours de nombreuses questions et bouleverse petit à petit nos modes de production et de perception de ce monde de plus en plus imbriqués… Si le cyberespace est porteur à la fois de craintes et de potentialités, il devient un enjeu important à la fois d'un point de vue économique, politique, juridique et artistique comme nous pouvons le constater de plus en plus aujourd'hui.

Pour ma part, je pense qu'il est important ici de remettre dans le contexte de l'époque, cette pratique du found footage (numérique), inspirée de certains cinéastes expérimentaux comme Marin Arnold ou Matthias Müller pour ne citer qu'eux. Héritier de ces précurseurs, ce mode de production artistique conditionné par certains aspects techniques, politique et économique, n'en demeure pas moins celui d'une rupture assumée. Ainsi je veux à la fois m'inscrire dans la continuité de certains expérimentateurs (souvent marginalisés) à travers des usages artistiques mettant en avant l'expérimentation visuelle et sonore, tout en souhaitant rompre avec une certaine idée de l'artiste « démiurge », celui qui créerait ex-nhilo ses idées-formes, ce qui, évidemment (et heureusement pour l'humanité en devenir) n'a jamais existé.

Il s'agit pour moi de penser la création comme des moments d'instabilité et d'incertitude que l'on tente de contenir et d'organiser à travers la collision des objets, des formes, des attitudes et des outils pour révéler les liens qui unissent l’art et la vie. Peut-être une manière d'être au monde et d'appartenir à celui-ci, cela et rien d'autre ?

Anthony Rousseau

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